thoracotomie

petite encyclopédie de l'urgence

Anthrax et maladie du charbon

anthrax cutane

anthrax cutané : escarre central nécrotique

Un salut à N. qui nous manque, et surtout un grand merci pour la documentation fournie sur ce sujet que j’avais envie de traiter depuis longtemps. Il y a beaucoup de confusion dans les termes autour de ce germe et de ses présentations. En France, on désigne la maladie causée par Bacillus anthracis sous le nom de charbon ou de maladie du charbon.

Qui n’a bien évidemment rien à voir avec le charbon, élément, ou les charbons thérapeutiques comme le charbon activé des intoxications médicamenteuses (ni même avec le charbon de Belloc). Dans les pays anglo-saxons, cette même maladie est appelée Anthrax. En France l’anthrax c’est un vieux nom pour une infection cutanée localisée à Staphylocoque doré, surtout sur des zones de peau assez épaisse, et comme rien n’est simple, aux Etats-Unis ce super-furoncle, on l’appelle … carbuncle.
Dans l’histoire, suivant les époques, les régions et que l’on parlait d’une atteinte humaine ou animale on a également appelé le vrai charbon : fièvre charbonneuse, charbon bactéridien, fièvre bactérienne, bactéridie charbonneuse, pustule maligne, feu perse, peste rouge, peste charbonneuse, peste de Sibérie, sang de rate (mouton), maladie de sang (vache). Et jusqu’au XVIIIème siècle, toute lésion gangréneuse cutanée quelle que soit sa taille, sa nature était désignée par le terme « charbon » (mais ceci a été également le cas pour la peste, qui désignait toute épidémie mortelle de grande ampleur).

Bactériologie

L’agent du charbon, Bacillus anthracis (bactéridie charbonneuse ou bacille de Davaine) est une bactérie sporulée aérobie et anaérobie facultative,  toxinogène, appartenant aux bacilles à Gram positif. La maladie est une anthropozoonose car elle atteint l’animal et l’homme. Elle est souvent décrite dans les livres dans le chapitre des maladies d’inoculation (à l’instar de la tularémie, pasteurellose, rouget du porc).
Le sol est le réservoir de la bactérie, qui est présente sous forme de spores, ce qui lui permet de survivre. Les animaux herbivores vont se contaminer, et les espèces suivantes sont plus particulièrement touchées : bovins, chèvres, moutons, cheval et porc. Les animaux s’infectent soit à l’occasion de plaies buccales soit par ingestion de grandes quantités de fougères souillées. Ils développent une septicémie avec fièvre, hypertrophie ganglionnaire et splénomégalie, hématurie et exsudation de sang et mucus foncé par les orifices naturels, amenant généralement le décès en moins de 48 heures.
La contamination humaine est différente et se fait accidentellement par manipulation auprès de ces animaux, et exceptionnellement par inhalation des spores, ou ingestion. Il n’y a pas de transmission interhumaine directe.
La maladie était devenue rarissime dans les pays industrialisés alors qu’elle reste endémique dans les pays de l’Est, le pourtour méditerranéen, l’Afrique, le sud-est asiatique et l’Amérique du sud, avec la survenue parfois de petites épidémies.

Diagnostic

Atteinte par inoculation

Elle représente la grande majorité des présentations cliniques. C’est la « pustule maligne » (désignation un peu trompeuse) , qui siège au point d’inoculation à la faveur d’une petite plaie accidentelle (pas sur peau saine), sur les membres supérieurs ou la face. L’incubation dure 2 à 3 jours, d’abord papule érythémateuse puis vésicule avec prurit mais peu ou pas de douleur, en 1 semaine. La lésion va s’ulcérer, noircir progressivement et laisser place à une escarre qui s’entoure d’un bourrelet rougeâtre induré, sur lequel apparaissent de petites vésicules à liquide citrin (aérole vésiculaire de Chaussier). Elle peut atteindre plusieurs centimètres. Il peut y avoir une adénopathie satellite mais assez discrète et le retentissement général est modéré, il n’y a pas de fièvre.
Chez l’homme cette évolution est généralement favorable mais peut s’étendre en « oedème malin » surtout au niveau des paupières. Dans ce cas la papule passe inaperçue et secondairement l’oedème se recouvre de phlyctènes. Cette forme peut aboutir à une septicémie.
Le traitement antibiotique précoce permet une guérison rapide mais ne prévient pas la formation de l’escarre. Sinon la cicatrisation spontanée peut survenir, mais il peut persister un oedème long à disparaître ou une ulcération prompte à se surinfecter.

La forme cutanée existe aussi en dehors de l’anthropozoonose, dans les infections d’inoculation contractées par le toxicomane par injections intraveineuses.

Une pustule maligne peut se compliquer de méningo-encéphalite charbonneuse, avec un aspect hémorragique noirâtre des méninges en autopsie. Ces formes sont rares et viennent compliquer une septicémie à Bacillus.

Atteinte par inhalation

Atteinte beaucoup plus rare, elle était constatée chez les ouvriers en contact avec la laine de moutons (maladie des cardeurs ou des trieurs de laine). Il y a une incubation entre 2 et 8 jours. Elle donne une dyspnée constrictive, une toux en bronchite initiale évoluant en pneumopathie avec expectoration visqueuse et brunâtre, mais au départ les signes n’ont rien de spécifique par rapport à une atteinte virale. Elle peut évoluer en 2 temps avec une amélioration provisoire avant une phase septicémique et toxinique d’évolution très rapide, une détresse respiratoire aiguë, infiltrats pulmonaires non systématisés et un élargissement du médiastin à la radiographie par médiastinite hémorragique. Elle peut aussi se compliquer de méningo-encéphalite. La mortalité est très élevée, de l’ordre de 90%.

Atteinte par ingestion

La forme gastro-intestinale survient après ingestion de viande contaminée, elle se voit en petits foyers épidémiques en Asie et en Afrique. Le tableau est celui d’une fièvre, nausées et vomissements, douleurs abdominales marquées en fosse iliaque droite, diarrhées profuses devenant sanguinolentes après quelques jours, ascite de constitution rapide. L’évolution est sévère et peut occasionner un collapsus fatal en quelques heures. Une forme oropharyngée fébrile est possible avec ulcération pharyngée ou amygdalienne nécrotique, hémorragique ou exsudative, lymphadénopathie régionale douloureuse, signes respiratoires et de toxémie.

anthrax meninge

pièce d’autopsie, cerveau en coupes montrant les méninges noirâtres après une méningo-encéphalite à charbon

Traitement

Après prélèvement de la pustule, des hémocultures en cas de fièvre, d’une expectoration ou d’un liquide céphalo-rachidien en cas de méningo-encéphalite, le traitement doit être commencé rapidement.

Bacillus anthracis est sensible à de nombreux antibiotiques dont les pénicillines, céphalosporine de 1ère génération, macrolides, tétracyclines, vancomycine et les fluoroquinolones. Il est résistant naturellement aux céphalosporines de 3ème génération et au Bactrim. Le traitement doit souvent être long (2 semaines) pour éviter les rechutes.
L’antibiothérapie initiale recommandée était la pénicilline G 2 millions d’unités toutes les 6 heures jusqu’à résolution de l’oedème et relai par pénicilline V orale. En cas d’allergie on utilise l’érythromycine ou une tétracycline.
En cas de charbon pulmonaire la posologie est plus forte : pénicilline G 2 millions d’unités toutes les 2 heures. Les lésions cutanées doivent être nettoyées et couvertes, les vêtements contaminés doivent être désinfectés.

Dans l’anthrax d’origine bioterroriste, le traitement recommandé est l’utilisation de la ciprofloxacine ou doxycyline. D’autres antibiotiques peuvent y être associés en cas d’atteinte disséminée, du fait de la possibilité de sélection de formes résistantes.

La prophylaxie en cas d’exposition à une forme inhalée bioterroriste et le traitement de l’anthrax cutané bioterroriste utilise un traitement par ciprofloxacine ou doxycycline pendant au moins 60 jours.

Vaccination

Il existe un vaccin vivant atténué et un vaccin acellulaire. Le 1er est utilisé en médecine vétérinaire (et aussi dans certains pays de l’ancien bloc soviétique en cas de forte exposition à la maladie) mais présente un risque que la souche soit encore virulente et entraine ainsi de nombreux effets secondaires. Il nécessite des réinjections car l’immunité induite est de courte durée, autour d’1 an. Le 2d est le seul autorisé chez l’homme en Europe occidentale et aux Etats Unis. Il entraine aussi des effets indésirables pseudogrippaux. La procédure de vaccination est complexe et l’immunité est là aussi courte. D’autres vaccins sont en cours d’études, notamment à l’institut Pasteur.

Histoire

Les cas spontanés

Une des premières descriptions possible de l’infection par l’anthrax vient de l’Ancien Testament, évoquant la 5ème plaie d’Egypte. Il est courant dans la Grèce et la Rome antique et Hippocrate en fit une description au IVème avant Jesus Christ. Le charbon traverse les époques, et des descriptions sont courantes au Moyen âge et à la Renaissance, sous le nom de fléau noir (black bane en Angleterre). Ambroise Paré signale sa transmission du bétail vers l’homme en 1568 et Nicolas Fournier lui consacre un ouvrage en 1769, Le charbon malin. Plusieurs autres auteurs décrivent le mécanisme de transmission qu’ils attribuent à un « virus » (terme courant à l’époque, venant de la Rome antique) ou une substance toxique. John Bell (1763-1820) avait établi une relation entre les symptômes du charbon et la tonte de la laine.
A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, la compréhension de la maladie se met en place grâce à de nombreux médecins et vétérinaires. Parmi eux : Philibert Chabert, Eloi Barthelemy, Mamert Onésime Delafond, Pierre Rayer, Christian Fuchs, Franz Pollender, Friedric Brauell et Casimir Davaine. Les 2 derniers peuvent être considérés comme les médecins ayant réellement mis en évidence le bacille du charbon comme agent pathogène de la maladie.

En 1873, Robert Koch, dont le nom est associé aux recherches sur la tuberculose, réalise les premières cultures du bacille, qu’il nomme Bacillus anthracis, d’abord sur l’humeur vitrée de lapins puis en 1878 sur milieu artificiel.

En 1880, la première tentative de vaccination contre le charbon est décrite par Burdon-Sanderson puis par Greenfield qui reprend ses travaux, sur des injections de culture bactérienne atténuée. Henry Toussaint, entre 1875 et 1890 publie plusieurs communications sur le charbon et un vaccin chez l’animal via des « liquides immunisants ».
Pasteur publia en 1881 un procédé de vaccination sur une approche différente de Toussaint. Dans une expérience montée en spectacle à Pouilly Le Fort, il fait un triomphe alors que le vaccin utilisé pour cette expérience n’est pas celui qu’il a mis au point, mais celui de Toussaint (et réalisé par ses élèves Roux et Chamberland). Cette supercherie ne fut dévoilée que bien plus tard, et Toussaint atteint d’une maladie neurologique ne put se défendre à l’époque.

Au cours du XXème siècle les cas recensés sont très peu nombreux, coïncidant avec une meilleure surveillance animale. Cependant en 2000 une épidémie dans un cheptel bovin en Roumanie entraine le décès de 2 malades et une contamination prouvée chez une vingtaine de personnes. La source est une vache contaminée, qui une fois morte, avait servi de repas aux porcs de la ferme, qui finirent par décéder également ainsi que quelques autres bovins. Les patients en contact étant répartis ensuite dans tout le pays, une grande campagne de vaccination animale est lancée et des mesures de sécurité sont établies pour juguler une possible dissémination.

Moulage en cire présentant des lésions d’anthrax (début du 20e siècle, Musée national de la santé et de la médecine à Washington)

Arme de guerre bactériologique

La Première Guerre Mondiale a vu l’utilisation en masse d’armes chimiques dans les combats avec le chlore, des gaz suffocants et  vésicants comme l’Yperite. La Convention de Genève de 1925 établit que ces armes chimiques ne doivent plus être utilisées dans les conflits à venir. Ce qui n’empêche pas les grandes puissances de l’époque de continuer à les stocker et de lancer des programmes de développement d’armes biologiques. L’Union soviétique recherche dès 1929 des bactéries militarisables : l’agent de la peste, du choléra, de la fièvre typhoïde et le bacille du charbon. Le Japon suit cet exemple et crée en 1935 en Mandchourie l’Unité 731 qui expérimentera sur des prisonniers de guerre, entrainant la mort de 3000 personnes dans des expérimentations particulièrement sadiques. Parmi ces expérimentations, figurait l’exposition à des aérosols de Bacillus anthracis. Ces aérolos furent aussi diffusés lors d’offensive sur des villages chinois entrainant la mort de 10 000 personnes.
Les américains et britanniques développent aussi avant la Seconde Guerre Mondiale des bombes au bacille du charbon. Le programme « N » ne sera pas utilisé par les forces alliées, par peur d’un effet retour ou peut être parce que l’Allemagne ne disposait pas (à leur connaissance) d’armes opérationnelles de ce type. Vers la fin de la guerre, les Nazis se sont néanmoins tournés vers le développement d’armes au charbon qu’ils n’eurent pas le temps de terminer.
En 1942, les Britanniques expérimentent sur une île déserte au nord-ouest de l’Ecosse, Gruinard Island, l’explosion de bombes diffusant des spores de charbon et décimant la population de moutons en quelques jours. Gruinard Island est restée contaminée pendant presque 40 ans, et une grande opération de décontamination eut lieu en 1980. Six mois plus tard, l’île était à nouveau viable.

Le bactériologiste Theodor Rosebury établit en 1949 les critères d’élection de l’agent infectieux idéal pour la guerre biologique : faible seuil infectieux, très forte virulence au minimum incapacitante au maximum mortelle, incubation courte, pouvoir pathogène stable lors de la fabrication du stockage et du transport, faible contagiosité, résistance aux antibitoiques habituellement utilisés, absence d’immunité dans la population, vaccin ou serum inexistant ou inefficace, absence de protection existante efficace, aptitude à pouvoir être utilisé en aérosol et surtout faible coût de production. Ce dernier point fait également la force de production d’agents infectieux face aux armes chimiques et nucléaires. Le charbon combine la totalité de ses critères et est ainsi un modèle d’arme bactériologique.
En 1950 aux Etats Unis, à Fort Detrick, dans le Maryland, une des plus grandes bases militaires des Etats Unis notamment dans le programme de recherche biologique, l’expérimentation animale sur des singes prouve cette pathogénicité. Mais le gouvernement américain finit par délaisser ses programmes, et Nixon fait détruire en 1969 les stocks américains.

En 1972, une autre convention sur les armes biologiques et les toxines est signée par 130 nations, mais même parmi les signataires les recherches se poursuivent (Chine, Corée du nord, Inde, Iran, Libye et Syrie). Les états n’ayant pas signé, comme l’Egypte, Israël et Taïwan continuent également.

En 1979, en Russie, une épidémie éclate à Sverdlovsk, dans l’Oural. Indirectement celle-ci va relancer les recherches sur le bacille. Officiellement les autorités l’attribue à une contamination alimentaire, sauf que près de la ville est établi un laboratoire de rechercher microbiologique. Les premiers cas présentent en autopsie un tableau bien particulier d’hémorragie méningée et médiastinites hémorragique qui montrent une infestation pulmonaire charbonneuse et non pas une ingestion. Les autorités soviétiques confisquèrent une grande partie des preuves et ce n’est qu’en 1992 (quand la ville reprendra son ancien nom de Ekateribourg) que sera reconnu l’origine militaire de ces morts.

En Irak à la fin des années 70, plusieurs agents infectieux sont choisis pour être développés en tant qu’armes biologiques, comptant des champignons, des virus, des toxines et des bactéries. Parmi elles, Bacillus anthracis et Clostridium perfringens (agent de la gangrène gazeuse). Les souches de charbon provenaient des Etats Unis, de France et de souches endémiques irakiennes. Entre 1985 et 1991, les laboratoires irakiens avaient produit des quantités impressionantes de bacilles, et de toxine botulique ainsi qu’une toxine mycotique venant d’Aspergillus. Cet arsenal n’a finalement pas été utilisé pendant la guerre du Golfe.

anthrax bacillus anthracis

Bacillus anthracis en microscopie électronique

Bioterrorisme

L’apparition de nouvelles armes pour le terrorisme a été observée depuis les années 1990 avec l’exemple frappant en 1995 de l’attentat au gaz neurotoxique sarin dans le métro de Tokyo, par la secte Aum. Cinq ans auparavant cette secte avait diffusé de la toxine botulinique dans le parlement japonais, puis quelques mois plus tard des aérosols de bacille du charbon du haut d’un immeuble, mais il n’y eut pas de victimes

Sont recensées dans les armes biologiques pouvant être utilisées à des fins terroristes : le charbon, la peste, la fièvre typhoïde, le choléra, la brucellose, la tularémie, la mélioïdose, les fièvres hémorragiques (africaines : Ebola, Marburg; de Crimée; Machupo de Bolivie), la dengue, l’encéphalite japonais, la fièvre de la vallée du Rift, l’encéphalite russe du printemps et de l’été, l’encéphalomyélite équine vénézuélienne, la grippe. La variole n’y figure pas car seuls 2 laboratoires sont autorisés à le manipuler, l’un aux USA, l’autre en Russie. Les prions, les toxines botulinique et entérotoxine B staphylococcique et les acides nucléïques infectieux sont jugés trop complexes et risqués dans leur manipulation pour être utilisés par des petites structures de production. Mais de nombreux produits sont capable d’en produire clandestinement et de revendre les souches à des groupes terroristes. Là encore la facilité de production du charbon en fait une arme bioterroriste très bon marché. Parfois jugé comme une production à très faible échelon, l’effet psychologique induit peut être redoutable.

Hormis l’épidémie roumaine de 2000, les cas de charbon cutané ont été très rares, et ceux de charbon pulmonaire encore plus rares (les Etats Unis en ont compté 18 entre 1900 et 1980 !). En septembre 2001, Robert Stevens travaillant en Floride pour le tabloïd The Sun, reçoit une lettre contenant une poudre grossière brunâtre, que sa secrétaire jette. Quelques jours plus tard, Stevens présente de la fièvre et une altération de l’état général. Amené aux urgences, il est pris de convulsions et on lui diagnostique une méningite. On constate la présence de bacille dans le liquide céphalo-rachidien. Stevens meurt et l’autopsie confirme un charbon pulmonaire avec atteinte méningée or les USA n’ont pas connu de forme pulmonaire depuis 30 ans.

La première hypothèse concernant la mort de Stevens est celui d’une contamination par inhalation de spores telluriques, mais les prélèvements dans les lieux qu’il a fréquenté montrent de grandes quantités présentes sur son lieu de travail. L’enquête est confiée au FBI, et révèle que de nombreuses lettres ont été postées le 18 septembre 2001 chargées de poudre de spores de Bacillus anthracis portant le cachet de la poste de Trenton dans le New Jersey, soit 1 semaine après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 sur les Twin Towers et le Pentagone. En 2002, ils identifient une boîte aux lettres à Princeton proche du campus universitaire, depuis laquelle ont été envoyées de nombreuses lettres aux grands medias américains. Une des lettres porte un message rempli de fautes d’orthographe, orientant vers une piste islamique et avertit d’une prochaine étape, tout en précisant de prendre de la pénicilline ! Une grande partie de ces lettres n’a pas été ouverte. L’affaire n’est pas médiatisée tout de suite, et un second envoi de lettres en provenance du New Jersey (en particulier adressées à deux sénateurs démocrates) survient le 8 octobre 2001, quand la cause de la mort de Stevens est révélée. Une seule des 2 lettres sera ouverte, celle adressée au sénateur Daschle, annoncant clairement qu’elle contient de l’anthrax. La poudre est analysée et confirme la présence du germe et des antibiotiques sont administrés en prophylaxie à ceux qui y ont été en contact et un important travail de nettoyage et décontamination est entrepris.

Il n’y a plus d’envoi de lettres réellement contaminées mais la psychose médiatique commence. De très nombreuses lettres anonymes (10 000) sont envoyées contenant différentes poudres la plupart inoffensives. Le mouvement gagne progressivement les autres pays occidentaux, en France 4500 colis suspects seront contrôlés.
Quelques postiers sont contrôlés porteurs de Bacillus anthracis sur des prélèvements nasaux systématiques ou présentent un charbon cutané ou pulmonaire, mais la prévention auprès de cette profession n’est malheureusement pas faite correctement. 33 000 personnes exposées à un risque de charbon reçoivent de la ciprofloxacine ou de la doxycycline en prévention. En réalité aux Etats Unis, il y aura eu 22 victimes dûes aux attaques par enveloppes contaminées et 5 vont décéder. Les travaux de décontamination auront entrainé un coût de près d’un milliard de dollars. Ironiquement le scénario d’une attaque terroriste par des enveloppes contaminées avait été étudié un an auparavant par le ministère de la défense du Canada, mais les résultats furent classés à l’époque et transmis seulement après septembre 2001.

Sur l’origine de l’attaque, le gouvernement américain suit la piste islamiste d’Al-Quaida et présume que l’Irak est le fournisseur du bacille. Le 25 novembre 2001, George Bush Jr signe le Homeland Security Act pour prévenir les attaques terroristes contre les Etats Unis, doté d’un budget de près de 30 milliards de dollars, incluant des programmes de gestion d’attaque bactériologique avec stockage de médicaments et vaccins, recherche sur les agents pathogènes …
La véritable enquête du FBI, nommée Amerithrax sur l’origine des 5 décès liés au bacille du charbon s’est étalée sur des années et n’a toujours pas de réponse claire. L’enquête dispose de poudre de 2 envois de lettres piégées, la première adressées aux medias avec une poudre grossière qui a surtout causé des charbons cutanés, et la seconde adressée au sénateur Daschle, plus fine et plus dangereuse. C’est cette dernière qui pose problème dans l’hypothèse d’une origine terroriste à petite échelle, car cette poudre est militarisée pour être dispersée très rapidement, contenant une charge colossale en spores purifiées. Vu la technicité, il n’y a que 4 pays capables d’en être à l’origine : l’ex-URSS, la Corée du nord, l’Irak et les Etats-Unis. L’analyse de la souche de Bacillus anthracis va montrer qu’il s’agit d’une production américaine. La seconde hypothèse vise des groupuscules d’extrème droite aux Etats Unis, mais cette piste ne mènera pas à grand chose. La 3ème hypothèse envisagée est l’action isolée d’un scientifique américain, à même de manipuler le bacille, dans l’optique paranoïaque de faire prendre conscience au monde du risque bactériologique et de la nécessité de donner des crédits à la recherche ! L’enquête sera particulièrement laborieuse avec l’accusation, à tort, de plusieurs scientifiques qui auront leurs carrières brisées. La seule certitude c’est que les souches de bacilles venaient bien du laboratoire spécialisé américain de Fort Detrick. Le FBI conclura à la responsabilité de l’un de ses spécialistes, Bruce Ivins, qui s’est donné la mort chez lui en 2008 par ingestion massive de paracetamol et de codéïne.

Références

Chapitres sur l’anthrax dans le Godeau et le Harrison, et en VO dans le Greenberg

Charbon (anthrax) sur le site de l’Institut Pasteur

Hansen W, Freney J, Maladie d’hier Arme biologique d’aujourd’hui : La maladie du charbon, Privat

Berche P, L’histoire secrète des guerres biologiques, Robert Laffont

Quelques références en accès libre sur Pubmed, avec photos intéressantes :

Anthrax Infection

Anthrax: an update

Anthrax: a continuing concern in the era of bioterrorism

Anthrax in Eastern Turkey, 1992–2004

Recent outbreak of cutaneous anthrax in Bangladesh: clinico-demographic profile and treatment outcome of cases attended at Rajshahi Medical College Hospital

Anthrax Outbreaks in Bangladesh, 2009–2010

Anthrax: a disease in waiting?

Injection Anthrax—a New Outbreak in Heroin Users

Cutaneous Anthrax, Belgian Traveler

Anthrax of the Gastrointestinal Tract

An overview of anthrax infection including the recently identified form of disease in injection drug users

Bioterrorism-Related Anthrax: International Response by the Centers for Disease Control and Prevention

Bacillus Anthracis as an Agent of Bioterrorism

Zoonoses-With Friends Like This, Who Needs Enemies?

Endemic Gastrointestinal Anthrax in 1960s Lebanon: Clinical Manifestations and Surgical Findings

The history of biological warfare

Bioterrorism: Preparing the Plastic Surgeon

Inhalational Anthrax: Radiologic and Pathologic Findings in Two Cases

Lethal Factor and Anti-Protective Antigen IgG Levels Associated with Inhalation Anthrax, Minnesota, USA

Educating Health Professionals to Respond to Bioterrorism

Sur les dernières révélations de l’enquête Amerithrax :2011

Scientists’ Analysis Disputes F.B.I. Closing of Anthrax Case

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2 commentaires sur “Anthrax et maladie du charbon

  1. yavoko
    19 septembre 2014

    donc Ebola peut avoir comme signe cliniques de plaie buccale

    • Tom O'Graphy
      20 septembre 2014

      Je ne comprend pas bien votre question (en plus sur le sujet « Anthrax »). Ebola est une infection virale complètement différente de l’anthrax qui est une infection bactérienne. La contagiosité est interhumaine pour Ebola de manière dramatiquement facile, alors qu’il n’y en a pas pour le charbon. Cliniquement il n’y a pas de lésion sous forme de plaie dans Ebola, mais un syndrome hémorragique diffus (il peut donc y avoir aussi une hémorragie buccale mais ce n’est pas elle qui fait le pronostic). Pour le charbon ce n’est pas l’infection qui en donne, mais qui se greffe sur une plaie, notamment les mains chez l’homme. Les plaies au niveau de la gueule des mammifères sont une porte d’entrée classique de l’infection animale.

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