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Samuel Pozzi, gynécologue français du XIXe

Samuel Pozzi

Samuel Pozzi, gynécologue français (1846-1918)

Le nom de Pozzi en médecine est associé à la gynécologie, en particulier chirurgicale, puisque la pince de Pozzi est une longue pince aux extrémités pointues, servant à saisir le col de l’utérus et exercer une traction si nécessaire, pour de nombreuses manoeuvres instrumentales.

Pozzi, de son vrai nom Jean Samuel Pozzy, nait le 3 octobre 1846 à Bergerac en Dordogne. Son parcours scolaire se déroule dans le sud, mais ses études médicales auront lieu à Paris. Il est étudiant dans plusieurs grans hôpitaux parisiens, dont l’hôpital Lariboisière, dans un service spécialisé dans les maladies féminines.

En 1870 la France est en guerre contre la Prusse, il continue ses études dans le service de santé des armées.
Il soutient sa thèse de doctorat en médecine portant sur l' »Etude sur les fistules de l’espace pelvi-rectal supérieur ou fistules pelvi-rectales supérieures » en 1873. Il change alors son nom en Pozzi.
En 1875, il obtient l’agrégation en présentant « De la valeur de l’hystérotomie dans le traitement des tumeurs fibreuses de l’utérus ».

Parmi ses contemporains on compte Joseph Lister, Paul Broca, Adolphe Pinard, …
A ce propos Pinard qui avait mis au monde sa fille Catherine, n’arriva pas à temps pour l’accouchement de son second enfant, et c’est Pozzi lui-même qui mit au monde son fils Jean.
Il faut se souvenir que les concepts d’antisepsie et d’asepsie sont relativement récents : Lister a appliqué les principes de Pasteur sur  l’asepsie à la chirurgie il y a peu de temps, et Semmelweis meurt en 1865 avec une nette hostilité des institutions médicales de l’époque quand à ses idées (pourtant évidentes) de transmission des maladies infectieuses .

Bien qu’ayant commencé dans la chirurgie générale, il se spécialisera progressivement dans la chirurgie gynécologique. Il fût nommé chirurgien des hôpitaux à l’hôpital Broca rebaptisé ainsi en l’honneur de son maître, récemment décédé.

Pozzi eût une carrière médicale riche en France notamment dans le domaine de la Gynécologie qu’il contribua à enrichir. Mais il se fit vite un nom parmi les milieux culturels et artistiques parisiens.
C’était à la fois un gynécologue plus que célèbre mais Le médecin de la haute-bourgeoisie, un homme du monde.
Avec un certain degré de narcissisme (même si à cette époque il était relativement fréquent de se faire représenter en peinture … quand on en avait les moyens !), il posa pour une toile du peintre anglais John Singer Sargent. Le tableau , dans un style académique mais très bien réalisé, le représente de façon plus que flatteuse, voire kitsch de nos jours.

Il se peut que la compagnie des femmes en dehors de ses consultations ne lui fût pas déplaisante, et on retrouve une certaine popularité auprès des dames avec quelques surnoms comme « Docteur Dieu » et « L’amour Médecin ».
Pozzi eut même une liaison avec l’actrice Sarah Bernhardt, qu’il opéra d’un kyste ovarien volumineux. C’est lui qui organisera plus tard  l’amputation de sa jambe, atteinte d’une ostéoarthrite sévère certainement tuberculeuse.

Pozzi fût aussi un ami de Marcel Proust et il a peut être inspiré un des personnages d’A la recherche du temps perdu.

Durant la première guerre mondiale, Pozzi, pourtant âgé de 68 ans réintègre l’armée pour soigner les blessés.

En juin 1918, un ancien patient, probablement paranoïaque, qu’il avait opéré d’un varicocèle et qui était mécontent de l’opération (Pozzi avait d’ailleurs refusé de le réopérer), l’agresse de plusieurs coups de pistolet dans l’abdomen. Malgré les tentatives de Martel, un de ses élèves chirurgiens, Pozzi ne survivra pas et décède le 13 juin 1918.

Les obsèques eurent lieu à Paris, mais il fût enterré à Bergerac comme ses dernières volontés l’indiquaient.

Son apport

En gynécologie, il est l’auteur d’un grand traité de Gynécologie chirurgicale en 1890 qui a été traduit dans de nombreuses langues.
Le sommaire de ce traité est composé de chapitres sur l’anesthésie et les techniques chirurgicales; les « Métrites », terme par lequel il englobe toutes les affections aigües de l’utérus (endométrites, infections puerpérales, salpingites, infections post-traumatiques et sur corps étrangers); les fibromes; les cancers utérins; les malformations utérines et les prolapsus.

Pozzi n’est pas un nom aussi célèbre que Farabeuf, Pinel, ou Claude Bernard. Son héritage littéraire n’a été une référence que quelques années encore après sa mort, la chirurgie progressant fortement au début de XXème siècle.
Certaines de ses tentatives novatrices n’ont pas été couronnées de succès immédiatement, en effet une des premières opérations de chirurgie abdominale après coup de feu dans l’abdomen s’est soldée par le décès de son jeune patient. Mais à l’époque on ne proposait pas de laparotomie de sauvetage (pas la peine d’imaginer un «damage control» actuel). Quelques années plus tard avec la première guerre mondiale, et un meilleure développement de la réanimation, il contribuera à l’essor de la chirurgie de guerre.

Ce n’est pas un pionnier, c’est un «grand nom de son époque», qui, sans donner l’hagiographie, a effectué son travail avec volonté, aidé une discipline à s’individualiser, et s’est investi dans les grands conflits armés de son temps.

Sources et références à consulter :

la page Wikipedia sur Samuel Pozzi

rapide biographie sur le site du pays de Bergerac

un site biographique malheureusement laissé incomplet

un site très complet mais en anglais

la pince de Pozzi

Apprentissage de l’examen gynécologique de 1800 à nos jours

Voir aussi sur le site :

Liebig et « l’extrait de viande »

La pourriture d’hôpital, la gangrène nosocomiale

Georges Gilles de la Tourette

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2 commentaires sur “Samuel Pozzi, gynécologue français du XIXe

  1. Gélule
    3 août 2012

    Mon prof d’anatomie de P1, qui émaillait son cours d’anecdotes d’histoire de la médecine, nous avait raconté cet épisode funeste des balles dans le ventre. Il nous racontait que Pozzi aurait demandé combien d’orifices de balles avaient été suturés pendant l’opération pour tenter de le sauver. Le chirurgien lui donnant un nombre impair, Pozzi aurait répondu « alors je suis mort » et était effectivement mort de péritonite à cause de l’orifice pas suturé. (c’était pour nous expliquer que 1 balle = 2 trous entrée + sortie – pas toujours vrai en pratique mais en P1 c’était simplifié -).

    C’était ma séance souvenir-souvenir! Aujourd’hui c’est plutôt « bouh Pozzi bouh!! » pour lutter contre l’utilisation systématique de la pince éponyme dans les poses de DIU. Merci pour ce super blog!!! Lecture à poursuivre :))

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Cette entrée a été publiée le 3 août 2012 par dans Histoire de la médecine, XIXème siècle, et est taguée , , , .