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Histoire du paludisme – Sir Ronald Ross

Ronald Ross

Sir Ronald Ross (1857-1932)

Il est difficile d’associer un seul nom à une maladie aussi connue que le paludisme, pas que la maladie soit particulièrement complexe, elle est relativement simple, mais elle est sournoise.

Elle a été difficile à appréhender dans l’histoire parce que s’inscrivant dans le cadre des parasitoses, elle a besoin d’un hôte intermédiaire pour exister. Et c’est cette complexité là qu’il a fallu comprendre.
Elle est enfin plus compliquée que complexe parce que nous n’avons pas de moyen fiable à 100% de prévenir la maladie (même si un vaccin semble prometteur), que la lutte contre le vecteur est délicate et que le traitement se heurte à des résistances dans de nombreuses zones du globe. Zones qui sont aussi les plus pauvres ce qui n’arrange rien.

Cette maladie connue depuis l’aube de l’humanité, même si pas comprise, a été découverte petit à petit, au fur et à mesure qu’on comprenait ses mécanismes et qu’on trouvait des pistes pour commencer à lutter contre elle.

Il y aurait beaucoup d’articles à faire pour raconter l’histoire du paludisme et de sa découverte.
L’histoire de Ronald Ross en est un chapitre.

Biographie

Ronald Ross est né le 13 mai 1857 en Inde, à Almora, un district de l’Uttarakhand, état tout au nord de l’Inde à la frontière avec le Népal. Il est le fils d’un général de l’armée britannique. Après des études à Londres, il revient en Inde en 1881 pour entrer dans le service de santé des armées anglaises en Inde.

Ross travaille sur de nombreuses maladies infectieuses, tropicales et parasitaires en collaboration avec Patrick Manson, celui-ci découvrit les mécanismes des cycles parasitaires au cours des filarioses. C’est de cette idée que Ross partira pour expliquer le développement de la maladie palustre, par un agent de transmission, un moustique.
C’est un peu avant 1900 que Ross fera cette mise en évidence et publiera ses résultats.

En 1899 il rejoint la Liverpool school of tropical medicine, sous la direction de Sir Alfred Jones. Il fut envoyé en Afrique de l’ouest pour continuer ses travaux sur la malaria. A partir de cette date d’autres grands noms de l’infectiologie de l’époque comme Koch l’assistèrent dans ses travaux.

Ronald Ross après ses découvertes reçut de nombreuses distinctions et a même été anobli devenant Sir Ronald Ross.
Outre les titres ce sont les postes prestigieux qu’il occupera successivement en tant que professeur de la chaire de médecine tropicale à Liverpool et praticien au King college hospital de Londres. Il s’attachera à la prévention du paludisme.
Pendant la première guerre mondiale il est nommé consultant sur la malaria auprès de l’armée britannique.
A partir de 1926 il dirige le Ross institute and Hospital of tropical diseases and hygiene, créé en son honneur, jusqu’à sa mort le 16 septembre 1932 dans le quartier de Putney à Londres.

Découverte de la malaria

Le paludisme est connu et redouté depuis très longtemps mais on ne sait pas véritablement à quoi il est dû jusqu’à 1880. Cette année là un français, Charles Laveran découvre l’hématozoaire dans le sang des patients infectés. Il est convaincu qu’il s’agit d’un parasite et non pas d’une altération spontanée des globules rouges comme les premières observations au microscope ont pu le croire.
Il décrit les formes principales de Plasmodium falciparum dans «Nature parasitaire des accidents de l’impaludisme».
Mais Laveran ne sait pas pour autant ce qui cause le paludisme, comment les patients contractent cette fièvre.

En 1889, en expédition en Afrique, Ross va identifier certains moustiques pouvant être vecteurs du paludisme. A l’occasion d’un retour à Londres en 1894, il fait part de ses travaux à Manson qui a isolé les filaires responsables de la filariose lymphatique et prouvé l’implication des moustiques dans le cycle parasitaire. Ross lui dit qu’il a une théorie similaire impliquant ces insectes dans la malaria.

Ses recherches sont laborieuses, car en entomologiste consciencieux il s’attelle à la dissection de nombreux spécimens de moustiques. Il observe des Plasmodium dans le tube digestif des moustiques du genre anophèle, à différents stades de développement, sous forme de kystes paludéens. Il observe aussi que seules les femelles piquent et donc transmettent la maladie.
Entre 1895 et 1897 il va déterminer le schéma du cycle biologique plasmodial (la description complète du cycle ne se fera que bien plus tard en 1948).
Les études qu’il fait ciblent le parasite qui affecte aussi les oiseaux.

L’italien Giovanni Battista Grassi découvre par la suite les 4 espèces de Plasmodium qui infectent l’homme : falciparum, malariae, vivax, ovale (+ knowlesi proche génétiquement de vivax qui a été découvert récemment). Grassi qui s’est inspiré des travaux de Ross ne le cite pas, ce qui lui vaudra l’inimitié de ce dernier.

Laveran a vu en premier les Plasmodium comme des entités autonomes infectieuses. Il est le véritable découvreur du paludisme clinico-biologique. Mais Ross a prouvé la transmission via l’anophèle, sa découverte tient plus de l’entomologie et de la parasitologie mais son implication est fondamentale pour envisager une thérapeutique.

Le prix Nobel de médecine

A l’heure actuelle aucun prix Nobel ne récompense une seule personne, mais toujours un petit groupe. Ce petit groupe est souvent la partie émergée de l’iceberg d’une véritable équipe pluridisciplinaire, et les rivalités sont parfois très orageuses dans les paternités (cf la controverse sur la découverte du virus du SIDA).

Au début du XXème siècle il en était déjà un peu ainsi, mais l’aura de chaque médecin était plus importante, et un prix s’attribuait à un médecin. Dans les cas «litigieux» vu que les découvertes phare étaient peu nombreuses, il était relativement facile de rattraper un oubli en donnant un prix à un autre médecin quelques années après.
Symboliquement la paternité revient pourtant au premier récompensé même s’il n’est pas le seul découvreur.

Ross obtient le prix Nobel de physiologie et de médecine en 1902 «pour son travail sur la malaria, par lequel il a montré comment le parasite infectait l’organisme et ainsi a posé les bases de la recherche et de la lutte contre la maladie».

Laveran l’obtient en 1907 «en reconnaissance de son travail sur le rôle joué par les parasites protozoaires responsables du paludisme».

Manson et Grassi n’ont pas eu de prix, le premier ne touche qu’une parasitose plus modeste que le paludisme, le second a continué des travaux déjà entamés.

Toutes ces récompenses portent sur le diagnostic mais aucune sur le traitement. Pire on inocule même au début du XXème siècle les espèces les moins virulentes de Plasmodium (et celles qui affectent le singe) chez certains patients pour traiter la syphilis ou certaines psychoses.

La quinine extraite du quininoa a été découverte beaucoup plus tôt, et extraite pour servir de médicament en 1820 par Pelletier et Caventou. Des essais de production industrielle de quinine ou de substituts ont commencé dès la fin des années 20 avec la chloroquine, qui tardera à être utilisée.
Robert Burns Woodward reçut en 1965 un prix Nobel de chimie récompensant «ses remarquables accomplissements dans l’art de la synthèse organique». Il avait réalisé en 1944 la synthèse de la quinine avec l’aide de William von Eggers Doering, permettant une production à large échelle.

Il n’y aura pas d’autre prix Nobel en relation avec le paludisme.

Sources et références :

Bad air, amulets and mosquitoes: 2,000 years of changing perspectives on malaria

Biographie des Prix Nobel – Ronald Ross

Voir aussi sur le site :

histoire du paludisme – Charles Louis Alphonse Laveran

Paludisme grave

Prévention du paludisme

Paludisme un vaccin à venir chez l’enfant

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Cette entrée a été publiée le 4 août 2012 par dans Histoire de la médecine, XIXème siècle, et est taguée , , .