thoracotomie

petite encyclopédie de l'urgence

Carancho

Carancho

Ricardo Darin et Martina Gusman

Pour le lecteur pressé :

  • Carancho est un film argentin de 2011 réalisé par Pablo Trapero avec Ricardo Darin et Martina Gusman
  • Le cadre prend place au milieu des accidents de la route, interventions de secours et la procédure d’indemnisation des victimes commençant sur le lieu même de l’accident
  • C’est une oeuvre de fiction, mais la situation en Argentine semble être préoccupante avec des arnaques orchestrées par des intermédiaires corrompus qui s’enrichissent sur le dos des victimes en négociant les contrats auprès des compagnies d’assurance

scenario Santiago Mitre, Pablo Trapero, Martin Mauregui, Alejandro Fadel

Si l’on inaugure une nouvelle rubrique sur le site cela ne sera pas vous vous en doutez pour parler point de croix, mais plutôt Blair-Donati. Même si c’est au cinéma.

Carancho tombe au bon moment pour deux raisons.
Premièrement, un film avec une trame médicale est toujours intéressant à étudier, critiquer, chercher mesquinement les petits défauts, les incohérences …
Secondement parce que les films qui ne sont pas nés sous nos latitudes ne laissent jamais indifférents, provoquant soit un rejet massif soit un enthousiasme irraisonné.

L’histoire du film est très simple : c’est la rencontre de deux paumés, qui vont s’attirer-se repousser mais que l’amour réunira malgré tout. Le contexte est plus intéressant.
Elle est une jeune médecin (droguée pour tenir le coup) travaillant aux urgences d’une grande ville d’Argentine, s’atreignant (par nécessité de carrière sans doute) à faire beaucoup de gardes type SMUR, en ayant le manque d’équipement et de sécurité qu’on peut voir chez les paramedics des Etats-Unis.
Lui est un avocat radié du barreau (on ne saura jamais vraiment bien pourquoi) qui utilise son savoir et son habileté verbale pour escroquer les familles des victimes d’accidents de la route, mais qui culpabilise et veut tourner la page.

Carancho informe dès le générique de cette situation inquiétante en Argentine (mais extensible certainement à toute l’Amérique du sud voire au delà). Face à des « épidémies » de polytraumatismes routiers, la question d’indemnisation des victimes se pose. Des intermédiaires sont nécessaires entre les compagnies d’assurance (certainement pas pauvres) et les blessés ou leurs proches (souvent de milieu très modestes).
C’est là qu’interviennent les Carancho (qu’on pourrait traduire par rapaces), qui utilisant un habit de sérieux et de droit, négocient âprement avec les assurances et finissent par détourner les sommes qui devraient revenir normalement aux familles.

Mais ce n’est pas un documentaire sur l’escroquerie, c’est un véritable long métrage de cinéma, un thriller sombre et glauque, entre mafia, corruption, drogues et meurtres faciles. C’est un film dur, qui ne laisse que très peu de place à l’espoir.
Et c’est là qu’il est une fois de plus surprenant. Oui ce film vient d’Amérique du sud (d’accord il a certainement eu des moyens et ce n’est pas un film totalement amateur), mais il est bluffant. Dans la mise en scène stylisé mais terriblement efficace, dans le jeu des acteurs tout en nuances, dans la construction crescendo et suffocante de l’intrigue dramatique.

C’est une très belle réussite que l’on avait pas vu depuis longtemps au cinéma, et qui laisse à penser que le cinéma hexagonal et même d’outre atlantique devraient s’inspirer au lieu de ronronner péniblement.

Voir aussi, sur le site :

MASH, de Robert Altman

Tommy, de Ken Russel

Publicités

3 commentaires sur “Carancho

  1. Céline Moustache
    5 mars 2011

    Je suis désolée mais je ne partage pas ton avis. Le film est relativement bon, d’accord, mais je l’ai trouvé décevant, trop de clichés, le scénario cède trop à la facilité, j’en suis sortie en restant sur ma faim.

    • thoracotomie
      6 mars 2011

      C’est sans doute le 1er film argentin que je vois et je trouve qu’il n’a rien à envier au cinéma américain ou européen.
      La trame de fonds m’a beaucoup intéressé, c’est pour ça que j’en parle ici même si c’est a priori hors sujet. Sur un autre thème, ça m’aurait sûrement moins plu.

  2. 50 ans de cinéma
    7 mars 2011

    Depuis le début des années 2000, l’Argentine est revenue très fort sur la carte du cinéma mondial (après l’âge d’or du studio Argentina Sono dans les années 50/60). Des cinéastes comme Lucrecia Martel, Lissandro Alonso, Fabian Bielinsky, Adrian Caetano ont, chacun à sa manière, fait bouger quelques unes de nos lignes esthétiques. Pablo Trapero a apporté un réalisme issu du documentaire qui fait merveille dans les puissants « El Bonaerense » et « Leonora ». « Carancho » y ajoute les artifices du cinéma de genre, au risque de perdre parfois son équilibre. En l’état, ça reste une pure série noire, comme nous en voyons trop peu.

Quelque chose à ajouter ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 1 mars 2011 par dans Art Cinéma Musique, et est taguée , , , , , , , , , .