thoracotomie

petite encyclopédie de l'urgence

Tommy

Le film de 1975 de Ken Russell, basé sur l’opéra-rock du même nom des Who (sorti en 1969, n’est pas vraiment un film médical, ni un film de toubibs mais l’intrigue est centrée sur la maladie et la guérison.

Car Tommy, le malheureux héros de cet opéra-rock (qui dans l’album original ressemble plutôt à une cantate mais là n’est pas la question) est quand même lourdement handicapé. Il est sourd, aveugle et muet. Mais il n’est pas né avec ces différentes affections.
Non, sa pathologie trouve son origine dans un stress post-traumatique majeur. Enfant, Tommy a été témoin involontaire du meurtre de son père par sa mère et son amant. Qui décident de camoufler le crime et interdisent à l’enfant de raconter ce qu’il a vu.
Traumatisant en effet. Devant le dilemme névrotique de décrire ce qu’il a vu et de trahir/perdre le seul parent qui lui reste, Tommy trouve refuge dans une forme d’autisme.

L’histoire de Tommy, car il y en a une, on ne peut pas le nier même si elle est assez bizarre, et avec moult rebondissements d’ailleurs, est le parcours semé d’embûches, de malheurs, de maltraitance et de sévices même (Cousin Kevin, Fiddle about), d’expériences de guérison hasardeuses (Eyesight to the blind, Acid Queen), de découverte d’un don impressionnant mais peu utile en société (Pinball Wizard), avant une guérison inespérée mais un peu brutale (Smash the mirror).

Entre temps, Tommy, ou plutôt sa mère, jouée par Ann-Margret dans le film (Ann Margret citée dans Full Metal Jacket par l’engagé Guignol alias Matthew Modine lors d’un briefing à son arrivée au Vietnam, mais je m’égare), l’aura amené à consulter un nouveau médecin arrivé en ville (Go to the mirror), interprété par Jack Nicholson (je ne sais pas vous, mais je l’ai vu à l’oeuvre dans Shining, moi je n’aurais pas trop confiance). Et malheureusement encore une fois, quelle déconvenue pour la mère de voir qu’il n’y a aucun traitement, aucun remède, aucune cure à espérer.
Pour Tommy vu qu’il ne communique pas pendant les 3/4 de l’oeuvre, on ne sait pas trop ce qu’il ressent, enfermé dans son monde intérieur, les attitudes de Roger Daltrey se rapprochant plutôt de la catatonie.

Une performance très courte pour le grand Jack, mais un beau petit souvenir de cinéma.

La solution thérapeutique sera finalement trouvée par la mère de Tommy qui ne supportant plus que son fils danse devant le miroir toute la journée, finira par le jeter violemment à travers le dit miroir (Smash the mirror).
Un traitement des accidents de conversion qu’on ne saurait recommander …
Après la guérison miraculeuse, pour laquelle finalement Jack n’a rien fait (ayant condamné le pauvre malade à ne jamais guérir, comme quoi on peut être un grand acteur et un piètre diagnosticien), le pauvre Tommy connaitra une existence heureuse de très courte durée. Le scoop de sa guérison lui amenant une célébrité qu’il aura bien du mal à gérer (imaginez si les réseaux sociaux avaient existé à l’époque).
Il aura la folie des grandeurs, deviendra une sorte de messie-gourou, créera sa secte (bien secondée par son beau-père dans l’opération d’ailleurs). Jusqu’à ce que les « fidèles » se rendent compte que ce n’est pas très amusant la privation des sens et qu’ils décident, sans qu’on comprenne bien pourquoi, que leur idole n’est décidément pas à la hauteur et détruisent le joli camp de prière de Tommy.
Finalement Tommy ira bouder dans la montagne en chantant des chansons.

Le scenario est cosigné par Ken Russell mais l’histoire originale est de Pete Towshend, le guitariste-chanteur-compositeur. Ca n’a aucun sens. Ou alors si, sous acides peut être.
Le film de Ken Russell aide un peu à la compréhension grossière de ce qui se passe, mais le style visuel choisi flirte entre l’hallucinatoire et le mauvais goût. Russell étant habitué aux oeuvres « baroques » (adjectif qu’on emploie au cinéma quand ce qui est montré à l’écran est un mélange de ridicule et de n’importe quoi).

Tommy n’est pas un grand film, c’est évident.
Déjà parce que malgré les délires visuels, on s’ennuie assez vite devant une intrigue incohérente. Elle l’était déjà dans l’album mais on pardonne totalement parce que la composition originale des Who est un chef d’oeuvre.
Ensuite parce que la bande-son a été complètement refaite, et ce n’est pas une très grande réussite. Les réorchestrations ont de quoi choquer les puristes, ce n’est pas du pur et brut Who comme on aime. Les invités prestigieux n’offrent pas de très bonne prestation (Clapton semble dormir, John est insupportable et gâche complètement Pinball Wizard, il n’y a que Tina Turner qui offre une bonne interprétation mais en fait quand même un peu trop).

Globalement l’illustration visuelle de Tommy par Ken Russell est une plus une curiosité cinématographique qu’une adaptation digne de ce nom. On est loin de la réussite de Pink Floyd The Wall.
Peut être l’erreur vient elle d’avoir fait d’une cantate rock un opéra rock. Un long métrage d’animation avec des images psychédéliques sans rapport direct avec toute l’intrigue, ou de manière très suggestive aurait peut être été préférable (mais moins bankable à l’époque).
Mais Tommy n’était sans doute pas adaptable au cinéma de toutes façons.

La scène du film de 1975 avec Jack Nicholson

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2 commentaires sur “Tommy

  1. Philippe
    19 juin 2011

    Ben, il y a quand même la scène des haricots rouges qui envahissent le salon! Moi j’aime bien les haricots rouges. Et puis, être un dieu du flip, ça ne veut peut-être plus rien dire, mais ça a eu son importance. Tommy, c’est un grand film, (quand on est ado).

    • thoracotomie
      25 juin 2011

      Je viens de le revoir récemment et ça ne m’a pas laissé indifférent. Je ne suis pas objectif de toutes façons, j’aime trop les Who 🙂

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Cette entrée a été publiée le 17 juin 2011 par dans Art Cinéma Musique, et est taguée , , , , , , , , , .