thoracotomie

petite encyclopédie de l'urgence

Toxicité potentielle du Ginkgo biloba

intoxication Ginkgo biloba

feuille « bilobée » de Ginkgo biloba

Un homme de 78 ans présente des symptômes neurologiques ,dans les suites d’une chute survenue 5 jours auparavant. L’examen traumatique montre une ecchymose périorbitaire gauche. Il présente des céphalées, est confus, et un déficit moteur du côté droit s’aggrave progressivement.

Le scanner cérébral retrouve un hématome sous-dural fronto-pariétal gauche. L’évacuation chirurgicale ramène du sang et du liquide paraissant plus ancien («crankcase oil» traduction huile de moteur).

Le patient a pour traitement un antihypertenseur de la famille des inhibiteurs de l’enzyme de conversion, du lisinopril, à 20 mg/j, qui n’est pas connu pour des effets secondaires en rapport avec l’hémostase. Il ne prend pas par ailleurs d’anticoagulant.
Par contre il prend du ginkgo biloba sous forme de supplément dosé à 50 mg, trois fois par jour.

Les auteurs de cette observation posent la question d‘un lien direct entre l’utilisation de ginkgo biloba et la survenue de l’hématome sous-dural.

Utilisation médicale du Ginkgo biloba

Vraisemblablement une des plus anciennes plantes existant sur terre, c’est un arbre robuste, qui a peu d’exigence pour se développer.
Il était utilisé comme médicament pour une action vasodilatatrice, pas vraiment prouvée, au milieu d’une classe de médicaments fortement remis en question. On lui suppose une action un peu plus efficace que les autres, et plus large que sur le simple réseau veineux.
Une spécialité la faisait utiliser dans l’ischémie de membre inférieur chronique (claudication intermittente), et en tant que vasodilatateur cérébral, contre les vertiges et des manifestations compatibles avec des troubles cognitifs du sujet âgé.
Autant dire que ce n’était pas très précis et ces spécialités ont tendance à ne plus être prescrites ni remboursées.

Depuis peu, on a envisagé de l’utiliser en tant que traitement préventif de la maladie d’Alzheimer ou en tous cas pouvant freiner son évolution, par une amélioration du flux sanguin cérébral.
Le regain d’intérêt dans la maladie d’Alzheimer est aussi dû à la constante recherche de produits naturels vus comme moins dangereux que des produits chimiques de synthèse, dans une pathologie qui a de grosses difficultés avec ses traitements.
Il n’y a pas de preuve très éloquente de l’efficacité des anti-démentiels sur le ralentissement de la dégradation des fonctions cognitives.

C’est donc un produit naturel, au pire inefficace, au mieux on peut penser qu’«il ne peut pas faire de mal» puisqu’il n’a qu’une fonction vasodilatatrice. Or il semblerait que l’effet positif expérimental observé sur la mémoire et les troubles cognitifs soient dûs non pas à l’ouverture des vaisseaux mais un effet anticoagulant spécifique.
Ce qui explique sans doute le fait que c’était un des rares vasodilatateurs veineux qui semblait avoir un petit effet positif dans les varices.

S’il n’est pas encore crédible au niveau médical en tant que médicament prescriptible (et remboursable en France), il est déjà disponible en vente libre, notamment via internet. Outre Atlantique, sans être répandu, il n’est pas rare, et surtout il est accessible.

le risque d’un fluidifiant sanguin

Les anticoagulants classiques posent fréquemment des problèmes de iatrogénie par complications (saignements actifs dont l’hémostase devient problématique ou risque potentiel de saignement par adaptation des doses thérapeutiques délicate). Ils ont dans leurs indications en particulier cardiaques, une morbidité et une mortalité assez lourde. La difficulté réside dans le fait que leur non-utilisation peut également s’avérer fatale. Les promesses de nouveaux anticoagulants plus maniables que les antivitamines K sont loin d’être encore tenues.

Ce cas est intéressant mais il est biaisé car une chute chez un patient normocoagulé peut déjà être à l’origine d’une hémorragie intra-crânienne. Il y a cependant un décalage entre des signes traumatiques mineurs et des signes neurologiques forts en rapport avec une lésion hémorragique constituée. Dans ce genre de situations on s’attend à une explication rationnelle type maladie du sang, où l’hémostase est perturbée sur le versant hyper fluide.
De plus l’hématome sous-dural de ce cas n’est pas aigu, mais chronique car il est composé de différents éléments, constitué sur un intervalle de temps plus long, en termes de jours, semaines voire plus. Ceci peut incriminer un traitement au long cours et l’antihypertenseur ne peut être suspecté dans ce contexte.

Un patient âgé chute souvent plus d’une fois. La répétition de chutes, d’impacts crâniens même modérés peut en situation anticoagulante être à l’origine d’un saignement conséquent. Mais encore une fois sur un seul cas, on ne peut pas conclure.

des accidents hémorragiques suspects

Il y a d’autres observations dans la littérature de saignements (cérébraux, oculaires, sur sites variés en post-opératoires) chez des patients prenant des apports de ginkgo biloba.
Le lien de cause à effet n’est pas démontré et les observations sont trop isolées. Il faudrait une étude plus approfondie du problème pour statuer sur les effets secondaires de ce produit.

Mais s’il s’avérait détenir une fonction anticoagulante forte (si forte que les accidents hémorragiques soient en nombre statistiquement non négligeable), sa balance bénéfices-risque risque de pencher vers le côté obscur de la force. D’autant plus que la population concernée par la prise de ce produit, est une population âgée, souffrant de troubles cognitifs, donc à risque de chutes et de traumatismes divers, ou déjà sous traitement anticoagulant ou antiagrégant plaquettaire (pour des arythmies, des facteurs de risques vasculaires etc).

Nous aurions affaire alors à un problème de santé publique devant un produit, ne faisant pas partie de la pharmacopée officielle, mais disponible en parapharmacie et pseudopharmacie, mis en avant par une publicité jouant sur la corde sensible de la guérison de la maladie d’Alzheimer ou de l’effet dopant sur les performances de la mémoire.

Sources et références à consulter :

Possible Subdural Hematoma Associated with Ginkgo biloba

Spontaneous Bleeding Associated with Ginkgo biloba

Voir aussi sur le site :

toxicité liée aux energy drinks

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Cette entrée a été publiée le 28 décembre 2011 par dans Toxicologie, toxiques végétaux, et est taguée , , , , , , .